Histoire du Dalail Al Khayrat
Le Dalail Al Khayrat (دلائل الخيرات), dont le titre complet est « Le Guide des bienfaits et l'apparition des lumières éclatantes dans le rappel de la prière sur le Prophète élu », est le recueil de prières sur le Prophète ﷺ le plus célèbre et le plus récité du monde musulman. Composé au XVe siècle au Maroc par l'Imam Al Jazouli, il a traversé les siècles et les continents pour devenir un pilier de la dévotion islamique.
L'Imam Muhammad ibn Sulayman Al Jazouli
Abū ʿAbdallāh Muḥammad ibn Sulaymān ibn Abū Bakr Al Jazūlī Al Simlālī est né vers 1404 (807 H) dans la tribu berbère des Jazūla, dans la région du Souss au sud du Maroc. Il descend du Prophète ﷺ par la lignée de son petit-fils l'Imam Hassan.
Dès son jeune âge, il quitte sa région natale pour rejoindre la célèbre Madrasat As-Saffarīn à Fès, l'un des plus anciens centres d'enseignement du monde musulman. Sa chambre y est encore montrée aux visiteurs. Il y mémorise deux ouvrages majeurs de jurisprudence islamique : le Mukhtasar d'Ibn al-Ḥājib et la Mudawwana de Saḥnūn.
Le parcours spirituel
Après ses études, Al Jazouli se tourne vers la voie spirituelle. Il rejoint la région de Doukkala où il est initié à la confrérie soufie Shādhiliyya par le cheikh Abū ʿAbdallāh Muḥammad Amghār (m. 850 H / 1446).
Il entre ensuite en retraite spirituelle (khalwa) pendant quatorze années, consacrées à l'adoration et à la purification de l'âme. Il passe ensuite près de quarante ans en pèlerinage et en étude entre La Mecque, Médine et Jérusalem, approfondissant sa connaissance et sa proximité avec le Prophète ﷺ.
L'origine du Dalail Al Khayrat
La tradition rapporte qu'Al Jazouli fut inspiré à composer son œuvre à la suite d'une rencontre marquante :
Un jour, ayant manqué la prière de l'aube, il chercha de l'eau pure pour faire ses ablutions. Ne trouvant qu'un puits profond et aucun moyen d'en puiser, il rencontra une jeune fille qui lui dit : « C'est vous que les gens louent tant, et vous ne savez même pas tirer l'eau d'un puits ? »
Elle descendit vers le puits et cracha dans l'eau, qui se mit à monter jusqu'à déborder. Stupéfait, Al Jazouli lui demanda comment elle avait atteint un tel rang spirituel. Elle répondit : « Par la prière sur celui que les bêtes sauvages suivaient avec amour lorsqu'il marchait dans le désert » — c'est-à-dire le Prophète ﷺ.
C'est à cet instant qu'Al Jazouli fit le vœu de composer un recueil complet de prières sur le Prophète ﷺ. De retour à Fès, il acheva le Dalail Al Khayrat.
Structure de l'œuvre
Le Dalail Al Khayrat est organisé en huit sections quotidiennes (ḥizb), conçues pour une récitation complète sur une semaine. L'œuvre comprend :
- Des prières d'ouverture et de clôture
- Des sections consacrées aux Noms d'Allah (Asmāʾ al-Ḥusnā)
- Des sections consacrées aux Noms du Prophète ﷺ
- Des formules de ṣalawāt (bénédictions) variées et éloquentes
C'est le premier ouvrage majeur de l'histoire islamique à compiler de manière systématique les prières sur le Prophète ﷺ, et il demeure le plus universellement reconnu.
Manuscrits et diffusion à travers le monde
Peu après sa composition, le Dalail Al Khayrat se répand dans l'ensemble du monde musulman, du Maroc à l'Indonésie, devenant le livre de prières le plus populaire, en particulier dans l'Empire ottoman.
Une riche tradition de manuscrits enluminés voit le jour :
- Calligraphie en naskh à l'encre noire avec titres en rouge
- Rosettes polychromes et dorées séparant les versets
- Illustrations en pleine page des mosquées sacrées de La Mecque et de Médine
- Ornements floraux et bordures décoratives
Les familles aisées conservaient des copies richement décorées, et les princes s'échangeaient des manuscrits magnifiquement enluminés en cadeau. Aujourd'hui encore, des millions de musulmans récitent le Dalail Al Khayrat dans leurs foyers et mosquées.
Les sept saints de Marrakech
L'Imam Al Jazouli est mort en prière, lors de la seconde prosternation de la première rakʿa de la prière de l'aube, le 16 Rabīʿ al-Awwal 870 H (1465). Selon les récits historiques, il aurait été empoisonné.
En 940 H (1534), soit près de soixante-dix ans après sa mort, le sultan Abū al-ʿAbbās al-Aʿraj ordonna le transfert de sa dépouille à Marrakech. Lors de l'exhumation, son corps fut retrouvé intact et frais, sans aucun signe de décomposition — un signe de sainteté dans la tradition islamique.
Son mausolée à Marrakech est l'un des lieux les plus vénérés de la ville. L'Imam Al Jazouli est reconnu comme l'un des sept saints de Marrakech (Sebʿatou Rijāl), les sept protecteurs spirituels de la ville ocre.